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"J’ai voulu intervenir aujourd’hui parce que je pense que l’on va commettre une grosse erreur si l’on se sépare d’Alain Giresse.
Les gens oublient trop vite d’où l’équipe est partie – Nous sommes arrivés en phase finale de la CAN à égalité de points avec le Cameroun et la Zambie, et surtout devant la Tunisie. Si certaines personnes veulent le départ d’Alain Giresse ce n’est pas pour les résultats mais pour d’autres raisons cachées. Alain Giresse était rigoureux sur le fonctionnement du groupe et donnait la priorité à ses joueurs.
J’ai joué les 10 dernières minutes du Gabon à la CAN et j’ai marqué un but. Le reste du temps j’ai encouragé mes coéquipiers du banc de touche. Si il y a quelqu’un qui pouvait souhaiter le départ d’Alain Giresse c’est bien moi. Et c’est pour cette raison que j’interviens aujourd’hui, car je ne souhaite pas du tout le départ de Giresse. Il doit rester ! Mon approche n’est pas du tout intéressée, c’est uniquement parce que le Gabon sera gagnant. On ne peut pas repartir de « zéro » avec un nouveau coach et prétendre préparer en 18 mois une CAN que nous organisons.
Ce qui me met le plus hors de moi c’est lorsque j’entends « on aurait du faire jouer Fabrice Do Marcolino plus souvent » ou encore « il aurait dû rentrer plus tôt » pour la rencontre face à la Zambie. Mais, ces personnes sont les mêmes qui mettaient la pression à Alain Giresse avant chaque rencontre en voulant imposer tel ou tel joueur …. Ils n’avaient jamais cité mon nom ! Alors laissez Alain Giresse tranquille. Et si il faut changer le coach on devrait aussi changer l’équipe toute entière, car nous avons autant de responsabilités, voir plus de responsabilités sur les résultats des rencontres.
Certains se demandent ce qu’a fait Alain Giresse ? Et bien je vais vous le dire.
Il a organisé toutes les rencontres de préparation. Pour s’assurer que tous ses joueurs allaient arriver à temps pour les mises au vert, il payait même les billets de certains joueurs (ceux de Turquie ou de Géorgie). Bien entendu, il se faisait rembourser par la suite. Mais, vous êtes sur que le nouveau coach en fera de même. L’avez-vous briefé à ce sujet. Alain Giresse a fait éclore le duo défensif Ecuélé-Brou – deux joueurs que personne ne connaissait en 2006. Alain Giresse a trouvé des clubs pour la majorité de ceux qui sont en Europe aujourd’hui ; ceux qui sont passés en Géorgie, ceux de Hongrie, Didier Ovono au Mans, Ernest Akouassaga à Nantes, et j’en passe. Pour ce qui est des rencontres amicales, tout était organisé de manière professionnelle. Demain, si nous avons un nouveau coach, saura-t-il prendre les devants de la même manière ? Ce n’est pas certain. Et un match amical ce n’est pas une rencontre de qualification. Si tu reviens de sélection avec un jour de retard dans ton club, les rencontres suivantes tu peux être sur que ton club va tout faire pour ne pas te libérer. Le nouveau coach aura-t-il la trempe d’Alain Giresse pour aller discuter de tout ça avec chaque club en Europe. Il ne faut pas revenir aux approximations du passé – Ras le bol du bus que l’on doit attendre à la fin de chaque entraînement – des attentes dans les aéroports – des déplacements serrés dans le pick-up bâché de l’intendant ! Alain Giresse a mis quelques mois à comprendre comment les choses fonctionnaient au pays. Il a été patient. Au début, son salaire était payé en retard, son logement se faisait attendre, sa voiture de fonction également. Il ne disait rien, il était patient, car sa priorité était la réussite de la sélection nationale. Le nouveau coach sera-t-il patient ? Il ne faut pas que le nouveau sélectionneur parte après 6 mois tout simplement parce que rien n’est respecté.
Quand vous entendez les coachs locaux dire qu’il y en a marre que l’on ait toujours un coach expatrié en sélection. J’ai envie de répondre – mais quel coach gabonais domine le championnat local actuellement? Mangasport qui est pratiquement champion chaque saison est dirigé par des coachs camerounais. Ces coachs locaux qui veulent prendre les commandes de la sélection nationale devraient déjà partir en expatriation coacher au Cameroun ou au Congo pour tester leur vrai niveau !
Nous sommes nombreux en sélection à penser qu’Alain Giresse doit rester. Je n’ai pas peur de m’exprimer sur ce sujet car de toutes les façons je n’ai rien à perdre. Si on ne m’appelle plus en équipe nationale ce n’est pas grave. J’ai joué une CAN et j’ai eu besoin de 10 minutes sur le terrain pour marquer. Beaucoup de joueurs gabonais « ces anciennes stars » ont joué la CAN mais n’ont pas marqué. Alors je suis fier d’avoir pu jouer et marquer. Il y a des moments dans la vie où il faut penser à son pays et pas à soi même. Mon rêve c’est que mon pays continue de progresser vers les sommets. Et au niveau continental nous n’en sommes pas loin !
Qui aurait parié sur le Gabon au début des qualifications ? Nous avons eu 3 poules très relevées : Ghana, Libye, Lesotho, ensuite Cameroun, Maroc, Togo et enfin à la CAN, Cameroun, Tunisie et Zambie. Qui aurait misé sur le Gabon à cette époque ?
La meilleure solution c’est de maintenir Alain Giresse à la tête de la sélection parce qu’il connaît les joueurs. C’est le seul moyen d’assurer une continuité pour avoir le maximum de chance d’un grand parcours lors de notre CAN en 2012. Il s’est parfois trompé sur ses choix et a été le premier à le reconnaître. Même nos coachs ici en Europe font des erreurs tactiques lors des matchs. Il faut voir les résultats dans leur ensemble. Et là le Gabon a énormément progressé ! Alors les choses ne doivent pas se passer comme ça.
Comme je l’ai dit plus haut et j’insiste, mon objectif aujourd’hui est de dire tout haut ce que de nombreux joueurs de la sélection pensent tout bas. Mon approche est complètement désintéressée et n’a pour but que de voir le football de mon pays aller vers les sommets."
Fabrice Do Marcolino
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